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Mon processus de création photographique

La prise de vue | Le développement | Les outils

La prise de vue

L'appareil photographique n'est pour moi qu'une interface entre mon environnement et ma vision. Il me permet d'engranger la matière première brute que j'interprète ensuite sur mon ordinateur en respectant une démarche photographique.

Le choix du tout numérique

La photographie s'est imposée à moi dès lors qu'elle avait embrassé pleinement l'ère numérique. En effet, la photographie numérique est une formidable école lorsque l'on n'est qu'autodidacte. Certaines pensent que la photographie numérique est moins noble que la photographie traditionnelle, car ils ne perçoivent qu'une froideur technologique, une production d'images trop standardisées et une certaine facilité enlevant tout mérite au photographe. De mon point de vue, c'est en fait tout le contraire.

La photographie numérique a l'immense avantage de placer le photographe au coeur de sa création : il peut rester de bout en bout le seul acteur de son processus créatif et s'affranchir de toute tierce interprétation électronique ou humaine. A contrario, la photographie traditionnelle argentique est beaucoup plus exigeante en termes de temps et de moyens, notamment en photographie couleur, pour obtenir un degré de liberté équivalent.

Capter le réel pour imaginer ensuite

L'image première qu'un appareil photographique numérique doit me fournir est une vision en 2 dimensions du monde extérieur la plus "objective" possible. L'appareil doit interfèrer au minimum avec les couleurs et les contrastes du sujet photographié. Ainsi, je règle mon appareil pour des captures en données brutes (le mode "RAW") avec un aperçu de la photographie très neutre en saturation et en contraste. Cela me m'assure que je conserve la plus grande plage de tonalités possible (la dynamique) pour ma photographie. D'autre part, j'enregistre toujours une photographie dédiée à la balance des blancs grâce à une carte WhiBal. Cette carte me donnera la température de couleur de la scène pour que je puisse partir d'une photographie la plus neutre possible lors du procecessus de développement sur ordinateur.

C'est une approche très différente de la photographie argentique couleur. En effet, c'est le choix de la pellicule en négatif ou positif (la diapositive) qui dicte automatiquement le type de contraste, de saturation ou de mise en valeur de certaines couleurs. Les fabricants de pellicule fournissent une palette imposée au photographe avec laquelle il doit composer sa photographie. Même si les choix des fabricants sont souvent judicieux et très agréables à l'oeil, il n'empêche qu'une part d'interprétation est soustraite de la vision du photographe.

Avec l'ère numérique, le photographe peut reprendre la main avec plus de facilité et de liberté sur les couleurs et les tonalités qu'il veut voir dans sa photographie. Certes, un photographe peut prendre ses clichés numériques comme des polaroïds (ce que l'on pourrait appeler la prise de vue en "mode JPEG"). Dès l'instant où l'on a déclenché sa prise de vue, la photographie est automatiquement développée par l'appareil. Certes, elle est prête à l'emploi, mais elle restera marquée par les choix de l'appareil pour ses couleurs et tonalités. On peut toujours essayer ensuite de mieux faire correspondre la photographie à son interprétation personnelle, mais l'argile est cuite : essayez de modifier votre sculpture, et vous risquez de la casser.

La photographie numérique me donne l'opportunité d'avoir plus de liberté créative, j'ai choisi de la saisir.

Une même photographie, plusieurs appareils

Un autre aspect important de ma photographie est de ne pas me limiter à la vision que me donne mon appareil mais de me fier d'abord à ma propre vision. La vision humaine couvre un champ extraordinaire (vision panoramique) et est capable de discerner en même temps des nuances aussi bien dans les feuillages sombres que dans les volutes des nuages (vision dynamique des contrastes).

Un appareil photographique standard ne peut pas offrir une vraie vision panoramique et une vraie vision avec la dynamique de contraste équivalant notre vision.

Un des moyens actuels pour parvenir à approcher la vision humaine est de créer sa photographie avec des photographies. L'appareil photographique n'est ainsi que le premier maillon d'une chaine photographique qui le dépasse, l'ordinateur devenant l'ultime appareil photographique.

Créer une photographie panoramique devient ainsi l'assemblage d'une succession de photographies où l'appareil a été pivoté à des angles horizontaux et verticaux successifs.

Transposer l'ensemble des tonalités extrêmes d'une scène s'appuie sur une série de photographies à différentes expositions pour capter les tons les plus sombres comme les tons les plus clairs. La photographie finale est ainsi une superposition de ces photographies où chacune restitue les tonalités qu'elle a le mieux enregistrées. La création d'une photographie capable de restituer une très large plage de contraste par compression de la dynamique permet de s'approcher un peu plus de notre vision, beaucoup plus riche et subtile que la vision d'un appareil photographique, même haut de gamme.

Beaucoup de personnes, dont des photographes, ont du mal à accepter que ce qui ne sort pas directement d'un appareil photographique puisse encore s'appeler une photographie. De mon point de vue, un appareil photographique n'est qu'un moyen et non une fin en soi. Les plus de 150 ans d'histoire des technologies photographiques ont démontré que chaque nouveau pas franchi nous rapprochait de nous-mêmes et des capacités de notre propre vision. L'ultime enjeu de la photographie n'est pas le débat argentique contre numérique, mégapixel contre gigapixel, pour ou contre les retouches dans Photoshop. La photographie ultime est pour moi celle qui repousse la frontière entre le réel et sa propre représentation. Plus un photographe vous plongera dans sa réalité grâce à sa photographie, plus grande en sera l'émotion pour son observateur.

Ainsi, certaines de mes photographies ne sont pas des « photographies », au sens de certains puristes. J'emploie parfois les techniques de prises de vue multiples pour obtenir une photographie panoramique ou à dynamique compressée. J'assume totalement ces choix en mentionnant dans la fiche descriptive si la photographie est issue de prises de vue multiples.

Le développement

Le développement de mes photographies numériques suit un processus un peu analogue au développement d'un négatif. Une photographie sur un négatif est une image latente qui a besoin d'étapes successives et d'une part d'interprétation pour obtenir la photographie qui va être finalement vue et conservée. C'est l'opposée du processus mis en oeuvre pour une photographie sur diapositive où, à la prise de vue, tous les paramètres (balance des blancs, couleurs et contraste) de la photographie sont figés. La diapositive ne fera que révéler ce qui était déjà enregistré.

Du pixel brut au pixel taillé

Développer une photographie n'est pas reprendre verbatim l'image interprétée par l'appareil photographique après l'avoir enregistrée. Je me concentre d'abord sur une recherche de vibrations visuelles, capables de restituer la singularité de la scène.

Les proportions 3:2 de mon capteur numérique, héritées du mythique format Kodak 24x36, peuvent parfois ne pas mettre suffisament en valeur la scène photographiée. Assez souvent, je recadre une photographie dans un souci de composition et de tension dans l'image. Beaucoup de mes photographies accentuent une vision panoramique, et d'autres prennent des proportions carrées.

Face à mon moniteur, j'essaie ensuite d'exploiter au mieux les pixels enregistrés par mon appareil photographique. La capture de données brutes (mode "raw") me permet d'avoir une latitude d'interprétation de la photographie brute sans risquer de compromettre sa qualité finale. L'appareil a récolté le raisin, à moi la vinification !

Je commence par me caler sur la température de couleur qui me donnera les tons gris les plus neutres, puis je joue sur cette même température pour trouver l'ambiance la plus appropriée à la scène : plutôt une température basse donnant une couleur bleutée ou plutôt une température élevée donnant une couleur orangée.

S'ajoutent ensuite la recherche du meilleur équilibre des tonalités pour obtenir un contraste structurant, et la mise en valeur de certaines teintes et saturation.

La limite entre le photographe et le peintre

Cette interprétation de la photographie ne se fait jamais pour éliminer ou ajouter des éléments à la photographie. La seule exception concerne les poussières collées au capteur de l'appareil photographique et qui créent des points noirs sur la photographie. Ces points sont gommés manuellement pendant le développement. Je souhaite rester photographe, sans équivoque avec un peintre qui créerait ses propres pixels. Les pixels que je manipule sont uniquement ceux de la scène capturée par mon appareil photographique ; je modifie leurs caractéristiques de tonalité, de couleur ou de saturation, mais aucun n'est déplacé ou remplacé. Tout ce que l'on peut voir sur mes photographies était là au moment de la prise de vue.

Les outils

Le traitement de texte ne fait pas l'écrivain, pas plus que le pinceau ne fait le peintre ! Mais avoir de bons outils permet d'atteindre mon exigence personnelle de qualité, de travailler plus efficacement et de rester concentrer. Le matériel et la technologie ne me servent à rien s'ils ne m'aident pas à obtenir la photographie que je recherche. Mais sans eux, mon processus serait laborieux voire improductif. Voici donc un rapide hommage à leurs contributions.

Pour la prise de vue

Canon pour le boîtier réflex numérique (EOS 1D mark II), les objectifs (du 17mm au 400mm) et les accessoires, Sandisk pour des cartes mémoires et un lecteur haut débit, Gitzo et Manfrotto pour mes trépieds en carbone et aluminium, têtes à rotule et tête panoramique, WhiBal pour ma carte de balance des blancs, LowePro pour mes innombrables sacs à dos, d'épaule, de ceinture et harnais, Apple pour l'ordinateur portable (MacBook Pro) et des disques durs externes.

Pour le développement

Apple pour mon ordinateur de bureau (Mac Pro) et le logiciel qui centralise mes activités photographiques (Aperture), Adobe et Canon pour les logiciels de développements spécifiques (Photoshop et Digital Photo Pro), X-Rite pour ma sonde colorimétrique (Optix XR), Iiyama pour mon écran encore cathodique (22").

Pour l'impression

Canon pour mon imprimante grand format à encre à pigment Lucia (imagePROGRAF 5000), mon imprimante de bureau (i965) et mon imprimante à sublimation thermique, portable et sur batterie, idéale pour le terrain (CP-600).

Arbres se reflétant sur la rivière France • 2006

Voir aussi

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Amaury DescoursAuteur photographe
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